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La colère turque face à la loi française

Législation

La colère turque face à la loi française

LA VIE

Henrik Lindell – publié le 19/01/2012

Le 23 janvier, le Sénat votera la proposition de loi sanctionnant la négation du génocide arménien. Une mesure qui ulcère les Turcs et divise les intellectuels.

Nicolas Sarkozy l’avait promise en 2007, les députés l’ont votée en décembre 2011 et c’est maintenant au tour des sénateurs de l’entériner. L’issue ne fait aucun doute. La proposition de loi pénalisant la négation d’un génocide reconnu par la France passera, car les groupes UMP et PS la soutiennent. Ceux qui persistent à nier d’une façon outrancière le génocide arménien risqueront une peine d’un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. Alors qu’à Erevan le gouvernement arménien jubile, tout comme les associations de défense de la mémoire arménienne en France (où vit une diaspora de quelque 500 000 personnes), ceux qui défendent les intérêts turcs fulminent. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a gelé la coopération militaire avec la France. Il menace de mesures de rétorsion ­économiques et lance des contre-accusations de génocide que la France aurait commis en Algérie.

Pour comprendre cette passion turque – et arménienne –, précisons le cadre de la loi. Seuls deux génocides sont explicitement reconnus par la loi en France : la Shoah et le génocide arménien (depuis 2001). Comme la négation du génocide des juifs était déjà punie, il fallait aussi sanctionner ceux qui nient le génocide des Arméniens qui vivaient, en 1915-1916, sur le territoire actuel de la Turquie. Planifié par le parti nationaliste au pouvoir à l’époque, il fit au moins 1,2 million de victimes. La loi turque actuelle punit ceux qui militent pour la reconnaissance du génocide. Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison !

« C’est ce négationnisme d’État et cette virulence qui nous fournissent un des arguments les plus importants », nous explique le sénateur socialiste Philippe Kaltenbach, ardent défenseur de la loi. « Si les Turcs découvrent que le monde les regarde, ils évolueront vers une reconnaissance du génocide. »
De nombreuses voix démocratiques en France et surtout en Turquie s’élèvent contre cette loi. Pour eux, il s’agit d’une mesure dangereuse à l’égard d’un pays qui a fait des progrès en matière de droits de l’homme. « Cette loi est un piège pour les démocrates et humanistes qui s’intéressent à la fois à la Turquie et à la France », estime Samim Akgönül, historien et spécialiste du monde turc à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. « D’un côté, explique-t-il, il y a la souffrance et la mémoire blessée de tous les Arméniens de France, de Turquie et d’ailleurs ; de l’autre, il y a le fait que l’Histoire ne peut être décrétée, officialisée, car elle est dynamique. »

Samim Akgönül insiste aussi sur le risque d’une loi contre-productive : « Je pense qu’elle met dans une position difficile ceux qui ont déjà entamé en Turquie et en France ce travail de mémoire occultée. Elle attise le nationalisme. »

L’actualité politique semble donner raison à l’universitaire : « L’AKP (parti pour la justice et le développement, au pouvoir depuis 2003, ndlr) s’était maintenu au pouvoir pendant les ­premières années grâce à un discours non nationaliste et proeuropéen. (…) Depuis les dernières élections, en juin 2011, on constate un durcissement nationaliste du discours et des actes de l’AKP. » La nouvelle loi française ne risque pas d’adoucir le gouvernement turc. Va-t-elle au moins bénéficier à la mémoire des victimes ?

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Publié par le janvier 18, 2012 dans Media

 

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communiqué de presse de RACORT

RACORT
Rassemblement des Associations
Citoyennes des Originaires
de Turquie
Paris, le 17 janvier 2012

Le Rassemblement des Associations Citoyennes des Originaires de Turquie (RACORT) regrette que les souffrances du peuple arménien soient instrumentalisées sans aucun scrupule à des fins électorales.
Nous souhaitons exprimer nos inquiétudes concernant la communautarisation de l’espace politique à la veille des élections, ce qui ne fera que renforcer les mouvements nationalistes.

Nous pensons qu’en premier lieu, ce sont les Arméniens et les Turcs qui devraient conjointement et ensemble mener ce travail nécessaire concernant la tragédie de 1915.

Nous pensons que la Turquie, comme la plupart des Etats-nations, a aussi la responsabilité d’affronter son passé et de l’assumer. D’ailleurs, ce travail est fondamentalement lié au processus de démocratisation en Turquie.

Depuis plusieurs années, notamment dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union Européenne, la Turquie a entamé un certain nombre de réformes démocratiques, certes pour l’instant, loin d’être suffisantes. Ainsi de nombreux sujets, qui étaient tabous jusqu’à nos jours, sont désormais sujets à des débats publics. La question arménienne en fait partie.

Grâce aux travaux des intellectuels et des démocrates de Turquie, nous observons une réelle volonté de l’opinion publique turque pour mieux comprendre les événements de 1915 et, de ce fait affronter les responsabilités historiques. Les démocrates de Turquie, qu’ils soient en Turquie ou ailleurs, travaillent pour accélérer ce processus en prenant souvent d’importants risques, car la Turquie n’a malheureusement pas totalement instauré la protection et le respect de la liberté intellectuelle et politique et au contraire, nous assistons, actuellement, à des atteintes à la liberté d’’expression et de la presse de plus en plus virulentes.

Malgré cette réalité, nous pensons que l’opinion publique en Turquie est plus que jamais disposée à reconnaitre les souffrances des autres comme ses propres souffrances.

Dans ce sens et depuis sa création, le RACORT a toujours partagé la souffrance de nos frères arméniens. Parfois, en prenant des risques dans un contexte plutôt défavorable et en insistant pour qu’il y ait un dialogue entre les citoyens français d’origine arménienne et turque. A travers de nombreuses initiatives, nous avons essayé de discuter sur ce qui s’était réellement passé en 1915, d’entendre et de comprendre les arguments des uns et des autres. Une telle démarche ne peut que contribuer à accepter un passé, une mémoire collective, en France, en Turquie, comme ailleurs.

C’est pourquoi le projet de loi voté au Parlement français enfreint la liberté d’expression et met à mal les principes démocratiques en légiférant sur un événement historique. Mais surtout, cette loi n’apaisera ni la souffrance de nos frères arméniens, ni ne contribuera à l’avancement du travail de mémoire chez les originaires de Turquie en France et en Turquie.

Les seules conséquences de cette loi, directement liée à la période d’élections présidentielles en France, seraient un sabotage cruel des efforts des démocrates d’origine turque et arménienne, qui expriment leur désir de coexistence solidaire en partageant les souffrances de leur histoire commune et en faisant face au développement du nationalisme de chaque côté. Ainsi, introduire dans le débat politique un tel projet de loi avant les élections ne ferait qu’accentuer le communautarisme, le nationalisme, et surtout le discours essentialiste.

Le RACORT espère qu’un sujet si délicat, qui concerne non seulement le passé et le présent de la Turquie, mais aussi son avenir, ne soit pas sacrifié à des calculs électoraux de manière irresponsable. Nous déclarons également que nous continuerons à travailler de toutes nos forces pour développer en France le dialogue et la solidarité avec nos frères d’origine arménienne pour un meilleur avenir et la construction de projets collectifs !

Contacts :
L’ACORT Tel : 01 42 01 12 60 Fax : 01 42 01 02 86 E-mail : acort@acort.org http://www.acort.org
ASTU Tel : 03 88 32 98 32 Fax 03 88 32 42 72 E-mail : astu@astu.fr http://www.astu.fr

 
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Publié par le janvier 16, 2012 dans Calls / Appels, Media, News

 

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Le Parlement n’est pas un tribunal

Le Parlement n’est pas un tribunal

Robert Badinter

Le Monde, 14.01.2012

Par expérience personnelle, je sais combien il est douloureux d’entendre dénier la réalité d’un génocide qui a englouti vos proches les plus chers. Je comprends donc la passion qui anime la communauté arménienne pour que soit reconnu par la communauté internationale, et surtout la Turquie, le génocide arménien de 1915. Et cependant, quelle que soit la sympathie que l’on puisse éprouver pour cette cause, elle ne saurait conduire à approuver la proposition de loi votée par l’Assemblée nationale le 22 décembre 2011 et soumise prochainement au Sénat, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui « contestent ou minimisent de façon outrancière un génocide reconnu comme tel par la loi française ».

Certes le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale a fait l’objet de dispositions législatives en France, et notamment de la loi Gayssot de 1990. Mais le génocide juif par les nazis a été établi et ses auteurs condamnés par le Tribunal militaire international de Nuremberg. A cette juridiction créée par l’Accord de Londres du 8 août 1945, signé par la France, participaient des magistrats français. Les jugements rendus par ce tribunal ont autorité de la chose jugée en France. Rien de tel s’agissant du génocide arménien qui n’a fait l’objet d’aucune décision émanant d’une juridiction internationale ou nationale dont l’autorité s’imposerait à la France. Le législateur français peut-il suppléer à cette absence de décision judiciaire ayant autorité de la chose jugée en proclamant l’existence du génocide arménien commis en 1915 ? Le Parlement français peut-il se constituer en tribunal de l’histoire mondiale et proclamer la commission d’un crime de génocide par les autorités de l’Empire ottoman il y a un siècle de cela, sans qu’aucun Français n’y ait été partie soit comme victime, soit comme bourreau ? Le Parlement français n’a pas reçu de la Constitution compétence pour dire l’histoire. C’est aux historiens et à eux seuls qu’il appartient de le faire.

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Publié par le janvier 14, 2012 dans Media, News

 

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Le vote du parlement français nuit au travail de mémoire en Turquie

«Le vote du parlement français nuit au travail de mémoire en Turquie»

Cengiz AKTAR

Propos recueillis par Sylvie Arsever

Le Temps, 29/12/2011

Pour le politologue Cengiz Aktar, auteur d’un appel au pardon lancé par les Turcs en direction des Arméniens, la pénalisation du négationnisme suscite une réaction nationaliste contre-productive

Professeur de sciences politiques à l’Université Bahçesehir à Istanbul, Cengiz Aktar a été l’initiateur en 2008 d’un appel au pardon en direction de la communauté arménienne, signé par quelque 30 000 Turcs. Il est également membre de la Fondation Hrant Dink , du nom du journaliste et poète turco-arménien assassiné en 2007. Il réagit à la décision du parlement français de pénaliser la négation du génocide arménien.
Le Temps: Quelle est votre appréciation du vote français?
Cengiz Aktar: C’est un geste contre-productif, qui contrarie le travail de mémoire en Turquie. C’est ici que les faits se sont déroulés et c’est ici que ce travail doit se faire.
– Et il se fait?
– Oui. Il y a encore dix ans dominait un négationnisme obtus face auquel ce type de décision politique pouvait peut-être avoir un sens, au moins indirectement. Ce qui se disait à l’étranger du génocide arménien a permis aux Turcs curieux de s’informer. Mais aujourd’hui, on n’en est plus là. Un vrai travail de fond est en cours, mené par les forces les plus dynamiques de la société civile. Ces deux dernières années, nous avons ainsi commémoré le lancement du génocide, le 24 avril, par des veilles publiques à Istanbul. L’an prochain, je ne suis malheureusement pas sûr que nous pourrons le faire de la même manière.
– Pourquoi?
– A cause de l’hystérie nationaliste qu’a déclenchée la décision française. Cela peut nous ramener quelque temps en arrière. Mais le travail de mémoire ne sera pas stoppé: les djinns sont sortis de la bouteille et ils n’y rentreront pas. Le processus se déroule au niveau associatif, chez les historiens et aussi chez les particuliers, qui interrogent l’histoire de leur famille, se découvrent parfois des ancêtres arméniens.
– On a parfois le sentiment que
le gouvernement, après avoir été ouvert à ce type de développement, revient un peu en arrière…
– Je parlerais plutôt d’une évolution en dents de scie. Il y a encore des progrès: on réaffecte des églises et tout récemment, le gouvernement a amorcé la restitution des biens confisqués aux fondations religieuses minoritaires en 1936.
– Quel est l’écho de ces processus
au sein de la population?
– Une majorité de Turcs continuent de n’avoir aucune idée de leur histoire nationale. Mais des cercles larges sont impliqués dans un travail de mémoire qui concerne toute l’histoire de l’Anatolie: les massacres visant les Arméniens et les Syriaques, les déplacements des populations grecques, la persécution des Kurdes et des alévis et même la mise sous le boisseau de la religion qui a touché les sunnites pratiquants. Ces derniers sont conscients de ce phénomène et je rencontre régulièrement de jeunes musulmans très concernés par notre activité.
– Quelle est l’implication des historiens? Des tentatives avaient été faites pour trouver un terrain d’entente entre spécialistes turcs
et arméniens…
– Cela n’a rien donné. La thèse officielle turque est trop éloignée de la réalité. En revanche, il y a un travail important de la part d’historiens indépendants. Nous avons organisé par exemple un colloque international à Diyarbakir sur l’histoire sociale, économique et politique de la région de 1838 à 1938. Il comprenait des contributions savantes et une participation du public, notamment en provenance de la diaspora arménienne. Des descendants des victimes ont ainsi pu rencontrer des descendants des bourreaux.
– Et qu’apporte la recherche historique à la compréhension des événements de 1915?
– Elle permet de mettre en évidence d’abord que les populations turques, kurdes et arméniennes ont vécu côte à côte sur ces terres pendant des siècles et qu’il y avait une forme d’entente. D’identifier les forces de déstabilisation qui ont brisé cet équilibre au moment de la désagrégation de l’Empire ottoman, avec notamment l’arrivée de populations turques émigrées du Caucase et des Balkans. Et surtout de comprendre que c’est toute l’Anatolie qui a été bouleversée: elle ne s’est pas remise de la disparition des Arméniens.
– Comment expliquez-vous l’indifférence qui semble entourer ce travail à l’étranger et notamment au sein de la diaspora arménienne?
– Une partie de la diaspora y est très impliquée. Mais pour les nationalistes du Dachnak, c’est une forme de concurrence malvenue. Cela dit, je comprends que pour certains amis arméniens, la décision française, même si je la juge inopportune, puisse représenter un soulagement, le sentiment que justice a été rendue.

 
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Publié par le décembre 31, 2011 dans Media

 

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Arménie/ Turquie, les chemins de la reconnaissance ?

Arménie/ Turquie, les chemins de la reconnaissance ?

Rencontre avec Michel Marian et Cengiz Aktar.

La tension reste vive dans les relations entre Arménie et Turquie, compte tenu notamment du nœud de mémoire existant à propos de la reconnaissance ou de la non-reconnaissance du génocide arménien de 1915. Mais les choses bougent, entre Arméniens et Turcs, et des initiatives commencent à voir le jour, comme par exemple la pétition lancée en Turquie demandant pardon à propos de « la Grande catastrophe », ou des échanges de plus en plus nombreux entre intellectuels, sportifs ou chefs d’entreprises arméniens et turcs. Comment qualifier ces relations aujourd’hui ? Les changements qui s’esquissent sont-ils liés aux discussions en cours à propos de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne ? Les processus qui se dessinent ouvrent-ils vers de nouveaux chemins de la reconnaissance ? Quel rôle, concernant les questions de mémoires, pour les sociétés civiles et pour les acteurs culturels ? Ne risque t- on pas d’assister, par-delà les échanges de surface, à des replis nationalistes et à des durcissements politiques ?

Avec Cengiz Aktar, directeur du Centre pour l’Union européenne à l’Université Bahcesehir d’Istanbul. Membre de la Fondation Hrant Dink. Il est notamment l’auteur de « L’Appel au pardon » (CNRS éditions, 2010).

Et Michel Marian, maître de conférences à l’IEP de Paris, membre du comité de rédaction de la revue Esprit. Il est notamment l’auteur, avec Ahmet Insel, de « Dialogue sur le tabou Arménien », ( Liana Levi, 2009).

Cette rencontre aura lieu le mardi 11 octobre 2011, à 18h30, à la Bibliothèque de l’Alcazar à Marseille dans le cadre du nouveau cycle des mardis du MuCEM autour des Questions de mémoires, questions de frontières ( octobre/décembre)

 
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Publié par le octobre 2, 2011 dans Manifestations scientifiques, News

 

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