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« C’est la preuve que la Turquie a complètement digéré la démocratie »

04 Juin

« C’est la preuve que la Turquie a complètement digéré la démocratie »

La Nouvelle République

4 juin 2013

Samim Akgönül, historien et politologue franco-turc.

 

Les commentateurs parlent déjà de « printemps turc ». Qu’a-t-il de commun avec les printemps arabes ?
« Il y a des similitudes, mais aussi des différences majeures. Ce qui rappelle les printemps arabes, c’est qu’il s’agit d’un mouvement non identitaire, qui n’est pas basé sur des clivages laïcs contre musulmans, Turcs contre Kurdes ou droite contre gauche… C’est un mouvement social porté par la moyenne bourgeoisie et la classe ouvrière, par des personnes qui aspirent à moins d’autoritarisme, à plus de libertés sociales, à plus de liberté d’expression.
La comparaison s’arrête là, car en aucun cas on ne peut comparer Erdogan à Ben Ali, Moubarak ou Assad, qui sont des dictateurs. Erdogan a été élu démocratiquement à trois reprises, il y a peu de chance qu’il quitte le pouvoir. Ce n’est pas un coup d’État, ce n’est pas une révolution pour changer le système, mais une révolte pour obtenir plus de libertés au sein de ce même système. »
Les derniers mouvements de cette ampleur remontent au dernier coup d’État, en 1980…
« Le mouvement social de la fin des années soixante-dix avait été amplifié par l’armée pour justifier un coup d’État. Aujourd’hui, ce n’est pas possible, en partie parce que l’AKP a affaibli le pouvoir militaire. Toute une génération, celle qui était adolescente dans les années quatre-vingt, a été contrainte d’être dépolitisée, car faire de la politique était dangereux. Ceux qui mènent ce mouvement aujourd’hui, ce sont les jeunes des années 2000, qui eux n’ont pas le poids du passé. Ils sont politisés, sans être dogmatiques… C’est ce qui est nouveau. »
S’ils ne veulent pas renverser le pouvoir, que veulent les manifestants ?
« C’est l’agrégation de plusieurs frustrations. Certains sont fâchés par les restrictions de ventes d’alcool, d’autres par le processus de paix avec les Kurdes, d’autre pour des questions religieuses, d’autres pour le mode électoral, d’autres pour la liberté d’expression… Il n’y a pas de demandes concrètes, il n’y a pas de chef. L’idée générale, c’est que la Turquie a complètement digéré la démocratie et ne peut plus accepter l’autoritarisme, d’où qu’il vienne. On est à un tournant, on ne pourra plus revenir en arrière. »

Recueilli par M. Es.
 
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Publié par le juin 4, 2013 dans Media

 

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