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Les hackers nationalistes turcs à l’assaut du web français

28 Déc

Les hackers nationalistes turcs à l’assaut du web français

Ces pirates informatiques, qui revendiquent sans ambage leur appartenance aux milieux nationalistes, entendent protester contre le vote de la loi pénalisant la négation des génocides.

Le Figaro, 27/12/2011

Depuis ce week-end, le site du Sénat, de certains parlementaires et de blogs arméniens ont été victimes d’attaques informatiques. Ces dernières sont l’oeuvre de hackers turcs, le plus souvent nationalistes, qui protestent contre le vote de la loi pénalisant la négation des génocides, dont celui perpétré en Arménie en 1915.

Les attaques des sites de parlementaires et de blogs arméniens ont clairement été revendiqués par deux groupes (GrayHatz et Millikuvvetler) ainsi que quelques hackers indépendants. Ces pirates ont procédé à un défaçage, c’est-à-dire le remplacement de la page d’accueil d’un site Internet par une autre. En se rendant sur le site de la députée UMP Valérie Boyer, l’internaute pouvait lire un texte en turc et en anglais signé GrayHatz, surmonté d’un grand drapeau turc. Les hackers dénoncent un texte électoraliste en vue d’obtenir les voix de la diaspora arménienne de France pour les élections présidentielle et législative. L’attaque a été annoncée dimanche à 0h50 sur les forums du groupe.

GrayHatz n’en est pas à son coup d’essai. Selon le site spécialisé Zone-H, qui répertorie les attaques informatiques, le groupe turc s’est rendu responsable de plus de 250 attaques, majoritairement des défaçages, depuis 2006. Le Nouvel Observateur affirme que les membres de GrayHatz sont liés au groupe turc Akincilar, qui avait revendiqué en novembre dernier l’attaque du site de Charlie Hebdo après la sortie de son numéro «Charia Hebdo».

Des hackers possiblement liés à l’attaque du site de Charlie Hebdo

Akincilar, nom de légendaires cavaliers ottomans, se présente comme un groupe de «cyber-guerriers» défendant les valeurs de l’islam, mais également les intérêts turcs. Ils attaquent ainsi régulièrement des sites et médias favorables au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en lutte armée contre Ankara. Plusieurs sites israéliens ont également subi leurs foudres en 2010 après l’arraisonnement par Tsahal d’une flottille humanitaire se dirigeant vers Gaza, qui avait coûté la vie à neuf activistes turcs. Zone-H répertorie près de 7000 attaques revendiquées par ces hackers depuis 2010.

Le groupe Akincilar a prévenu Le Nouvel Observateur le 21 décembre de l’imminence d’attaques contre des sites français. «Nous avons pris connaissance de l’absurdité de [la loi française]. Il n’y aura pas d’absolution», stipulaient les hackers. Dans la nuit du 24 au 25 décembre, le groupe a promis au Nouvel Observateur de «pirater tous les sites web des députés français» et de compiler sur un site spécifique l’ensemble de leurs attaques ainsi que celles de «leurs amis» de GrayHatz.

«Bons petits soldats du nationalisme turc»

D’autres hackers turcs se sont également joints aux attaques. Le site du député UMP de la Côte-d’Or Bernard Depierre est actuellement défacé par un certain Atess, proclamant faire partie de la «cyber-armée turque». Interrogé par Le Bien Public, le député affirme ne «pas comprendre cette action», «surtout que je n’ai pas participé à la session de jeudi concernant le vote sur les génocides». Le groupe de pirates nationalistes Millikuvvetler a lui revendiqué sur Cyberhaber l’attaque d’une centaine de domaines français. CyberHaber évoque également les actions des hackers SaMuRa!, ZoRRoKiN et Black-Box, qui s’en sont pris ce week-end à plusieurs sites français dont ceux des municipalités de Rouillon et Cabannes.

 

Copie d'écran
Copie d’écran

Le Monde attribue quant à lui l’attaque du site du Sénat au hacker turc Iskorpitx. Un message attribué à ce dernier a été publié dans les commentaires du blog du journaliste Guillaume Perrier, correspondant du journal en Turquie, le 25 décembre à 12h35. Iskorpitx, 50 ans, est responsable de près de 500.000 attaques depuis 2003. Son plus grand fait d’armes est le défaçage simultané de 21.549 sites web. Pourtant l’attaque du Sénat ne porte pas sa marque habituelle. Iskorpitx remplace généralement la page d’accueil du site attaqué par une grande page noire, illustrée par un drapeau turc frappé du visage de Mustafa Kemal, et signée «by Iskorpitx (turkish hacker)».

Le site Slate s’était penché en novembre sur ces hackers , «bons petits soldats du nationalisme turc». «Tout ce qui est présenté comme danger ou menace pour les intérêts de la Turquie constitue une cible potentielle: les sites arméniens et kurdes (c’est le penchant nationaliste des pirates), les sites qui insultent l’islam (leur penchant conservateur), les sites américains (leur penchant anti-impérialiste)», explique le pure-player. Pour l’historien et politologue Samim Akgönül, interrogé par Slate, «on assiste à la répercussion dans le monde virtuel de l’idéologie de synthèse turco-islamique (…) S’il est dit que c’est contraire à l’Etat turc, à la turcité et/ou à l’islam, c’est qu’il faut le détruire».

 
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Publié par le décembre 28, 2011 dans Media

 

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