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ONG – STK en Turquie

30 Déc

Turquie: « Les ONG sont un pilier de la vie publique »

 

Entretien avec l’historien Samim Akgönül, alors que la France célèbre jusqu’en mars 2010 la saison de la Turquie.

Youphil: Quel est le statut des ONG ou des associations en Turquie?

Samim Akgönül*: Une partie ressemble à ce qui existe en Europe, ce sont des associations ou des syndicats. D’autres sont propres à l’histoire ottomane du pays: les fondations, à l’origine religieuses, sont un pilier de la vie publique et politique turque. Leur influence a grandi dès la création de la République turque, et désormais elles gèrent même des universités. Les universitaires sont d’ailleurs très actifs dans le débat public, via la presse, la télévision…

Youphil: Quelle est la place des ONG étrangères dans ce pays?

S.A.: C’est un peu compliqué, leur implantation exige de s’associer avec une organisation locale. Greenpeace ou Amnesty International ont dû trouver des partenaires locaux pour s’installer. Sinon, les ONG doivent demander une autorisation au ministère des Affaires étrangères et constituer un cahier des charges de leur future activité sur place.

Youphil: Comment les ONG étrangères sont-elles perçues?

S.A.: Dans l’opinion publique turque, comme en France, une idée domine: « nous devons traiter nos problèmes nous-mêmes« . En interne, de nombreux débats s’engagent, mais dès que le sujet vient de l’extérieur, la Turquie se crispe. C’est le propre des Etats-nations. Par exemple, l’image des Etats-Unis s’est beaucoup dégradée, et si une ONG américaine pointait du doigt les activités des militaires turcs, cela serait vécu comme une tentative d’ingérence.

Youphil: Quelles sont les particularités de la vie associative  et des ONG en Turquie?

S.A.: Ce n’est pas comme en Europe, les associations ne sont pas cantonnées à leur domaine d’activité, elles communiquent sur tous les sujets. Le Tusiad, l’équivalent turc du Medef, ne se limite pas à la sphère économique et publie des rapports sur tout, par exemple sur les manuels scolaires d’histoire. La confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie (DISK) engage aussi des débats sur des sujets très éloignés de son domaine de compétence: la liberté sexuelle, la laïcité… L’ONG Amargi, qui défend les droits des femmes, est par exemple très engagée dans la défense des enfants ou des homosexuels.

Youphil: Dans quel domaine les associations et les ONG sont-elles les plus actives?

S.A.: Il existe quatre principaux sujets sur lesquels les ONG communiquent: la question kurde, ce qui n’était pas le cas il y a 5 ans, la religion et sa place dans la société, la place de l’armée dans le régime, et enfin la question de l’Union Européenne. Désormais, l’opinion publique est très sensibilisée sur ces quatre sujets, qui au final sont très liés.

Youphil: Quels obstacles les ONG rencontrent-elles dans leur travail?

S.A.: Depuis le début du XXIe siècle, les ONG ont une liberté sans précédent. C’est le cas du débat autour du génocide des Arméniens: on n’en parlait pas avant, maintenant c’est difficile mais possible. Néanmoins il existe un certain nombre de sujets sur lesquels il est difficile de travailler, non pas à cause du régime mais des milieux conservateurs. Ces derniers profitent d’ailleurs de la libéralisation de la société civile pour lutter avec les mêmes armes que les ONG.

Youphil: La place centrale de l’armée dans la société ne pose-t-elle pas des problèmes aux ONG?

S.A.: L’armée est peut-être le dernier rempart, mais il est en train de se fissurer avec le procès Ergenekon. Amnesty International a eu quelques soucis dans des camps de réfugiés à l’est du pays, mais ce sont surtout des tracasseries administratives. Plus généralement, je n’ai pas souvenir d’agressions physiques sur des membres d’ONG étrangères. Il y a eu des meurtres, les derniers concernaient des missionaires évangélistes à Malatya, mais pas contre les ONG.

Youphil: Le processus d’adhésion à l’Union Européenne offre-t-il plus de liberté aux ONG?

S.A.: Plus que l’adhésion, c’est le processus qui compte. Celui-ci comporte un certain nombre de concessions, et permet aux ONG de travailler plus librement, y compris lorsqu’elles sont étrangères. Globalement, la société civile va mieux que dans les années 1980 et 1990.

*Samim Akgönül est maître de conférences à l’Université Marc Bloch de Strasbourg.

 
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Publié par le décembre 30, 2009 dans News

 

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